Dissémination et mise en pratique des connaissances
Objectifs d’apprentissage : 1) Réfléchir aux buts de la dissémination des connaissances, qui comprennent à la fois l’augmentation des connaissances et l’utilisation des résultats pour la « mise en pratique des connaissances ». 2) S’entendre sur les publics visés, la façon de rédiger les principaux messages et l’importance du messager; comprendre la différence entre la dissémination passive et la dissémination active. 3) Évaluer les éléments qui facilitent et ceux qui empêchent l’utilisation des résultats. 4) Analyser le processus de dissémination (s’il y a lieu).
- Un plan de dissémination
Avant que la dissémination ne puisse avoir lieu, les chercheurs et les utilisateurs des connaissances intégrés doivent interpréter les données conjointement, s’entendre sur les résultats et les points clés finals et rédiger les messages pour les différents publics. Ce processus culmine avec l’élaboration d’un plan de dissémination, composante essentielle de tout projet d’ACI qui entraînera la progression des connaissances et leur promotion pour le changement, en plus de déterminer quels membres de l’équipe seront responsables des divers milieux de dissémination. Par définition, le projet d’ACI commence avec la participation des utilisateurs des connaissances intégrés en tant que représentants d’un ou de plusieurs groupes d’intervenants (par exemple, organismes professionnels) qui pourraient utiliser les résultats de recherche ou être touchés par ceux-ci. Qui plus est, de nombreuses subventions de partenariat requièrent actuellement dans la proposition de recherche une description détaillée précisant comment s’opérera la dissémination, qui en sera responsable et auprès de qui on assurera la dissémination (module 8). Ainsi, même au stade initial de planification, le partenariat doit jouir d’un système de dissémination bien établi au sein de sa propre organisation et vers d’autres individus, groupes ou organismes clés.
Une fois que les résultats du projet sont produits, les partenaires doivent examiner leurs plans originaux pour s’assurer qu’ils sont toujours pertinents et réalisables. Les résultats réels peuvent nécessiter des stratégies de dissémination nouvelles ou additionnelles, et les partenaires peuvent avoir changé en cours de route. Les stratégies peuvent dépendre de facteurs comme la solidité des conclusions, si les résultats sont nouveaux ou s’ils ajoutent aux connaissances actuelles, leur applicabilité possible ou, s’ils sont trop préliminaires ou contradictoires, si leur dissémination à grande échelle serait bénéfique. En outre, les résultats réels peuvent concerner d’autres utilisateurs des connaissances (voir la figure 2[a] dans le module 2) qui n’avaient pas été déterminés au départ.
Études de cas 9(a) : Dissémination du PPDEKLe Projet de prévention du diabète dans les écoles de Kahnawake (PPDEK) a vu le jour en 1994 dans le cadre d’un partenariat entre la communauté Mohawk de Kahnawake (population de 7500 personnes), représentée par un conseil consultatif communautaire (CCC), et des chercheurs. Le projet vise à améliorer les styles de vie pour réduire les taux élevés de diabète de type 2. En 2002, les données de suivi sur les élèves de la 1re à la 6e année indiquaient une meilleure nutrition, des niveaux d’activité physique stables, mais des poids plus élevés. Ces résultats ont d’abord été interprétés conjointement par le CCC et les chercheurs, avant d’être communiqués à la communauté. Une équipe de six personnes, incluant des membres du CCC, des nutritionnistes de la localité et des chercheurs, a créé une présentation de 20 minutes en langue courante. La présentation énumérait entre autres des facteurs de risque connus pouvant causer le diabète de type 2, expliquait pourquoi il faut améliorer les styles de vie et montrait les résultats du PPDEK obtenus depuis huit ans. Deux ou trois personnes (membres du CCC et chercheurs) ont fait cette présentation auprès de 14 organismes et lors de deux réunions communautaires publiques. On a pris note des discussions très variées qui ont suivi chaque présentation, et les participants ont rempli un bref questionnaire leur demandant s’ils étaient satisfaits de la présentation et s’ils avaient des suggestions pour les interventions futures du PPDEK. Les leçons apprises incluaient : le temps requis pour élaborer et faire les présentations; l’importance des présentations conjointes par le CCC et les chercheurs; l’emploi des connaissances de la communauté pour guider l’expérience et les façons d’attirer un auditoire; la difficulté à atteindre les hommes; l’importance de la rétroaction des personnes assistant aux présentations; et le besoin de planifier de manière prospective pour analyser la rétroaction des participants. La rétroaction de la communauté a permis d’améliorer les interventions futures et de finaliser l’interprétation des résultats avant de présenter une communication scientifique pour fins de publication.
Réf. : Macaulay 2007 et Paradis 2005Quelle est la meilleure façon de joindre les utilisateurs des connaissances et d’interagir avec eux? On a beaucoup écrit au sujet de la dissémination. Voici donc un sommaire des points clés relevés dans la littérature. Nous encourageons les lecteurs à en apprendre davantage dans les textes référencés.
En résumé :- Un plan de dissémination, élaboré en collaboration avec les chercheurs et les utilisateurs des connaissances intégrés, est une composante clé de tous les projets d’ACI.
- Le plan de dissémination préliminaire, rédigé au début du projet, doit être examiné et modifié, au besoin, une fois que les résultats ont été produits.
- Il existe plusieurs ressources Web sur l’application des connaissances et la mise en pratique des connaissances; voir les lectures recommandées à la fin de ce module.
- Buts de la dissémination
Les buts de la dissémination englobent les objectifs traditionnels d’augmentation des connaissances dans la communauté de recherche, qui se compose de chercheurs de différentes disciplines, équipes et pays. Alors que l’ACI suppose un partenariat, les chercheurs doivent songer à inviter les utilisateurs des connaissances intégrés à participer à toute présentation, ce qui inclut les conférences scientifiques. Une des activités propres à l’ACI est la publication conjointe des chercheurs et des utilisateurs des connaissances intégrés. Quiconque a déjà rédigé des communications conjointement dans le cadre d’une initiative d’équipe connaît bien ce principe : l’auteur principal effectue habituellement la plus grande partie de la rédaction, alors que d’autres fournissent des contenus spécifiques et que tous les auteurs sont chargés d’examiner et d’approuver l’ébauche finale. Les lignes directrices habituelles sur la paternité d’une œuvre doivent toujours s’appliquer, en donnant seulement du crédit aux personnes qui ont contribué de façon significative au projet selon ce qui a été convenu (voir les lignes directrices applicables à la paternité des travaux des IRSC).
Le cas de l’ACI diffère en ce sens que plusieurs des coauteurs peuvent avoir peu ou pas d’expérience, non seulement dans la rédaction d’articles scientifiques, mais dans la connaissance de leur style et de leur format. De plus, ce qui constitue une contribution « significative » à l’étude pourrait différer légèrement des cas où tous les membres de l’équipe sont des chercheurs. On doit encourager les utilisateurs des connaissances intégrés à participer activement à la paternité d’une œuvre : beaucoup trouveront l’expérience enrichissante, voire stimulante. La paternité d’un utilisateur des connaissances intégré ne doit cependant pas constituer un « sceau » d’authenticité, surtout si la recherche vise des groupes marginalisés ou tenus à l’écart du pouvoir. Tous les partenaires doivent s’assurer que les auteurs énumérés ont apporté une contribution réelle à l’étude ou à la communication. Ce processus peut inclure : s’asseoir avec les utilisateurs des connaissances intégrés et les aider à écrire, ou même mettre à leur disposition un assistant de recherche. Dans tous les cas, il faut procéder de façon respectueuse et reconnaître que l’utilisateur des connaissances intégré apporte une contribution unique au produit final. (Voir le code de déontologie sur la recherche (2007) pour le Projet de prévention du diabète dans les écoles de Kahnawake, disponible en anglais à www.ksdpp.org, pour prendre connaissance des lignes directrices sur la paternité d’une œuvre concernant la contribution des membres des communautés.)
Dans la plupart des cas de paternité conjointe, c’est un des chercheurs qui assumera la direction des articles visant les publics scientifiques, tant pour des raisons d’expérience en rédaction que pour des raisons plus pragmatiques comme une meilleure « mise en marché » de l’article dans les cercles où le nom de l’auteur est connu. De surcroît, il faut reconnaître dès le début du projet que la publication universitaire est un des extrants clés que les chercheurs exigent du partenariat. Les partenaires des utilisateurs des connaissances intégrés peuvent également diriger des équipes de rédaction. Toute étude permettra vraisemblablement plusieurs publications. Les partenaires des utilisateurs des connaissances intégrés doivent adéquatement servir d’auteurs principaux pour les publications diffusées dans les revues professionnelles de leurs communautés de pratique, et les membres de la communauté doivent adéquatement diriger la rédaction des articles visant les publics communautaires (par exemple, dans les médias locaux). En plus de rédiger des articles sur les résultats, songez à en écrire sur le processus.
Les résultats de recherche accroîtront aussi les connaissances de tous les autres membres de l’équipe, qui sont bien placés pour décider comment informer leur propre groupe ou organisme. D’autres groupes que l’on pourrait rejoindre comprennent les responsables des politiques, les décideurs, les organismes de financement, les professionnels de la santé, l’industrie, le public et les médias. Souvenez-vous d’user de créativité dans le processus de dissémination – par exemple, serait-il approprié de produire des vidéos et des DVD, des outils propres à chaque public, des documents à distribuer en langue courante, etc. ? Un exemple de dissémination grâce à des représentations théâtrales.
En résumé :- En tant que partenaires égaux, on doit inviter les utilisateurs des connaissances intégrés à être coauteurs de toutes les publications et coprésentateurs aux conférences.
- La paternité d’une œuvre doit être déterminée selon les lignes directrices habituelles sur le degré de contribution au projet et à la préparation du manuscrit.
- Les utilisateurs des connaissances intégrés doivent prendre l’initiative d’assurer la dissémination des résultats dans leurs propres contexte et communauté.
- L’application des connaissances en tant que « mise en pratique des connaissances »
Les IRSC définissent l’application des connaissances comme un processus qui « ...s’insère dans un réseau complexe d’interactions entre les chercheurs et les utilisateurs des connaissances, dont l’intensité, la complexité et le degré d’engagement peuvent varier en fonction de la nature de la recherche et des résultats ainsi que les besoins particuliers de chaque utilisateur des connaissances. ». On reconnaît ainsi que l’application des connaissances n’est pas seulement un transfert de l’information, mais qu’elle nécessite plusieurs types d’interaction entre les gens qui créent les connaissances et ceux qui pourront les utiliser. Bien qu’il faille plus d’information sur la façon dont les nouvelles connaissances sont adoptées dans la pratique, la littérature indique que les nouvelles connaissances sont érigées, négociées et adoptées à l’échelle sociale : 1) à l’aide de la communication et par les gens influents, et grâce aux réseaux sociaux liant les pairs et les organismes similaires; 2) par la présence des pairs, des leaders d’opinion et des champions; 3) particulièrement en adaptant le message à la langue, aux valeurs et aux besoins de l’organisme (Greenhalgh 2004).
Il est important de choisir le bon membre d’équipe comme « messager », car les gens apprennent le mieux de leurs pairs, leaders d’opinion et champions. Si un utilisateur des connaissances intégré – à titre de « messager » le plus approprié – manque d’assurance pour expliquer des résultats de recherche complexes, il pourrait demander qu’un chercheur soit présent pour l’appuyer de ses connaissances scientifiques. Dans la mesure du possible, la personne assurant la dissémination de l’information doit d’abord entrer en contact avec un leader ou un champion de l’autre organisme ou groupe afin de comprendre ses expériences, ses besoins d’information, sa langue et ses besoins pertinents, puis d’adapter les résultats à l’organisme et de décider avec le leader de l’organisme dans quel cadre les activités d’application des connaissances seront tenues. Il importe que l’on permette un dialogue approfondi pour discuter des nouvelles connaissances et de leurs possibilités d’application.
Les processus d’application des connaissances sont diversifiés, distincts et liés aux structures, à la géographie, à l’histoire et à la culture locales. Par exemple, « ...la compréhension des processus autochtones locaux de création, de dissémination et d’utilisation des connaissances est un préalable nécessaire à une application réussie des connaissances, y compris le recours à la promotion de la santé en milieu autochtone. » (Smylie J., et coll. 2008). Cette philosophie globale s’applique à tous les groupes et cultures. Il est tout aussi important de comprendre comment on produit, comprend et utilise les connaissances dans les communautés de pratique que cela l’est dans les communautés ethniques.
Les activités d’application des connaissances comprennent à la fois les façons passives et actives de transmettre l’information. Les IRSC décrivent ces méthodes comme suit : 1) la diffusion est la stratégie passive au plus vaste objectif, et souvent, elle n’entraîne pas de changements de comportement (par exemple, publications examinées et non examinées par des pairs, y compris les revues à accès libre, sites Web, réseaux sociaux et médias de masse); 2) la dissémination est plus active et vise les individus et les organismes aux intérêts communs (par exemple, sommaires/exposés aux intervenants, séances de sensibilisation des patients, praticiens et/ou responsables des politiques); 3) la mise en oeuvre est active et ciblée et demande des « efforts systématiques pour favoriser l’adoption des résultats » (par exemple, activités éducatives, détermination et élimination des obstacles).
Études de cas 9(c) : La dissémination de la théorie des innovations pour guider la mise en oeuvre d’un programme de gestion du diabète – Une illustrationIl vaut la peine de lire tout cet article pour voir comment l’équipe d’un excellent projet pilote de deux ans fut incapable, en fin de subvention, d’obtenir un financement supplémentaire. En outre, le financement était nécessaire pour poursuivre l’intervention, qui prévoyait l’ajout d’infirmières pour coordonner les soins dispensés aux patients atteints du diabète de type 2. Les auteurs de cette communication suggèrent des façons dont ce projet et d’autres pourraient employer les principes d’application des connaissances intégrée pour accroître les chances de « soutenir à long terme l’implantation dans des conditions d’utilisation réelle ». Cela inclut le « Qui », le « Quoi » et le « Comment » dans le plan de mise en pratique des connaissances. Le « Qui » commence par former de solides partenariats avec les ministères gouvernementaux et les organismes communautaires, les planificateurs de la santé, les administrateurs et les patients pour qu’ils saisissent mieux le besoin de services améliorés et leur rôle de promotion pour assurer la continuité du financement. En plus de l’établissement de la liste des champions et des leaders d’opinion, le « Quoi » inclut la communication claire des risques et des bénéfices associés aux valeurs, aux intérêts et au pouvoir des intervenants. Enfin, le « Comment » recommande que toute l’équipe évalue les obstacles, réunisse régulièrement des groupes de travail avec tous les intervenants, s’assure que ces derniers soient tenus au courant des progrès et qu’ils participent vraiment aux décisions prises.
Réf. : De Civita 2007Il est toujours bien de consacrer le temps et l’effort requis pour évaluer les éléments qui facilitent et ceux qui empêchent l’application des résultats. Ici, l’expertise variée de toutes les personnes présentes autour de la table, notamment les utilisateurs des connaissances intégrés, sera très utile. On a découvert que les facteurs associés à une stratégie d’application des connaissances réussie comprennent la dissémination auprès des pairs par les différents membres de l’équipe de recherche, l’adaptation des résultats de recherche aux utilisateurs, les efforts d’acquisition par les utilisateurs, les mécanismes de liaison formels et informels existants, la source de financement, les types de résultats de recherche et les milieux des utilisateurs et de l’équipe de recherche. Rendez-vous à http://kuuc.chair.ulaval.ca/ctci/  pour consulter un excellent sommaire des recommandations et exemples en matière d’AC pour adapter les résultats de recherche à des groupes très différents.
Si possible, il est toujours utile d’assurer le suivi des preuves d’une dissémination initiale efficace et d’une utilisation soutenue des connaissances en évaluant les résultats. La documentation des résultats à court et à long terme enrichirait également la littérature sur les activités d’application des connaissances.
En guise de sommaire, citons Jacqueline Tetroe dans son article Knowledge Translation at CIHR: A Primer – « En règle générale, le degré d’application des connaissances doit dépendre de facteurs comme : l’importance ou l’impact possible de l’application des résultats; la quantité et la solidité des preuves à l’appui des résultats (souvent déterminées par la seule synthèse); le ou les publics visés; ce que l’on connaît sur les stratégies efficaces pour atteindre ces publics; et ce qui est pratique, éthique et réalisable dans les circonstances. ».
En résumé :- La mise en pratique des connaissances demande une approche à facettes multiples pour réunir les créateurs des connaissances et les utilisateurs visés.
- Le messager est très important et doit être un leader ou un champion dans le cadre du message diffusé.>
- Évaluer les éléments qui facilitent et ceux qui empêchent l’implantation des résultats de recherche dans la mise en œuvre des connaissances peut être utile pour modifier le message et augmenter les chances qu’il soit intégré dans la pratique.
Ressources et références clés- Bero, L.A., Grilli, R., Grimshaw, J.M., Harvey, E., Oxman, A.D., Thomson, M.A. Closing the gap between research and practice: an overview of systematic reviews of interventions to promote the implementation of research findings. British Medical Journal 1998; 317(7156) : 465-468
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- Graham, I.D., Grimshaw, J. Comment les chercheurs en santé canadiens favorisent-ils la mise en application des résultats de leur recherche? Ottawa : Instituts de recherche en santé du Canada : http://www.cihr-irsc.gc.ca/f/29492.html . Visité le 12 juin 2008.
- Greenhalgh, T., Robert, G., Macfarlane, F., Bate, P., Kyriakidou, O. DissĂ©mination of Innovations in Service Organizations: Systematic Review and Recommendations. The Milbank Quarterly 2004; 82(4):581-629. http://www.blackwell-synergy.com/doi/abs/10.1111/j.0887-378X.2004.00325.xcookieSet=1&journalCode=milq Â
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